J'ai écrit une chanson, pour valser sous les lampions, au pas, au pas,
Pour qu'on tangue l'âme au corps, les filles perdant le Nord, au pas, au pas !

C'est l'histoire d'un sergent qui faisait marcher ses gens, au pas, au pas,
Déclamant dans ses moustaches le bien-fondé de sa tâche, au pas, au pas !

« - Qu'il soit midi ou cinq heures, pour marcher il n'est point d'heure, au pas, au pas,
Qu'il soit minuit, dix-sept heures, marcher doit durcir les coeurs, au pas, au pas ! »

Ils marchèrent tant et plus, sans destination, sans but, au pas, au pas,
Et franchirent dans leur transe, les frontières de la France, au pas, au pas !

Chaque borne sous leur botte, sans disputes, sans parlotes, au pas, au pas,
S'effectuait sans autre bruit, que les chants pour la patrie, au pas, au pas !

Un beau jour, ce sergent fourbe, mit son pied dans une tourbe, au pas, au pas,
Prit sa gauche pour sa droite, jusqu'à s'emmêler les pattes, au pas, au pas !

Troublé par cette bévue, tant paniqué d'être vu, au pas, au pas,
Le sergent perdit la tête, se pendit par la braguette, au pas, au pas !

Ses gars laissés sans contre-ordre, poursuivirent sans discorde, au pas, au pas,
Firent le tour de la Terre, et finirent en enfer, au pas, au pas !

Le rôle du militaire c'est bien de faire la guerre, au pas, au pas,
De combattre pour ses pairs, de fleurir les cimetières, au pas, au pas !

Mais point de fouler la pierre, jusqu'aux confins de la Terre, au pas, au pas,
S'il n'y a de sang sous ses pas, point d'honneur pour le soldat, au pas, au pas !

« - A mia bella, quando ci amiamo,
Puoi aprire gli occhi, gli occhi ! »


Texte et musique Franck George - Juillet 1995 - à Boris Vian